Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


ALGERIE, L’HISTOIRE EN HERITAGE

Publié par The Algerian Speaker sur 10 Mars 2012, 15:32pm

Catégories : #LIVRES-DVD et CD audio

Le nouvel essai de Smaïl GOUMEZIANE, aux éditions EDIF2000 (Alger) et NON LIEU (Paris)

 

Au terme de cet essai, on le voit, les Algériennes et les Algériens héritent d'une histoire ancienne, mouvementée et d'une richesse exceptionnelle, principalement structurée autour d'un socle sédimentaire berbéro-arabe et musulman incontestable1. Depuis l'Antiquité, celui-ci s'est forgé dans la douleur des révoltes, des conflits et des guerres, tant le territoire de la Berbérie, puis de l'Algérie, attira par ses richesses les convoitises internes et externes. Derrière ces événements, on a constaté que l'histoire de l'Algérie fut, de tout temps, « traversée » par une double logique contradictoire.




La première logique permit — au-delà de la multitude d'événements (politiques, économiques, culturels et cultuels), de guerres, de royaumes, de souverains et de conquérants au processus de sédimentation-transformation de se dérouler de façon lente, souvent violente et parfois chaotique. Celui-ci permit aux valeurs de la berbérité, de l'arabité et de l'islamité d'émerger durablement et de se cristalliser en un socle plus ou moins solide, malgré (ou à cause de) ces événements, pour constituer les éléments principaux de l'identité algérienne.

La seconde logique permit de résister en permanence aux agressions internes et externes visant l'accaparement du territoire et de ses richesses, et la soumission de son peuple, même si cela s’est traduit aussi par des rivalités intestines, s'exprimant de façon violente avec la trahison, le complot ou l'assassinat « fratricide». Pour ces raisons, l'histoire de l'Algérie reste aujourd'hui encore soumise à ces deux logiques contradictoires. Ce faisant, cette histoire demeure l'objet d'enjeux essentiels, non seulement pour la connaissance globale du passé et du présent, mais aussi pour mieux appréhender le futur possible de l'Algérie.

Les luttes et les résistances qui se déroulèrent et se déroulent encore autour de la définition du socle sédimentaire historique de l'Algérie sont, à cet égard, très symptomatique de ces enjeux. On l’a vu lorsque le colonialisme français tenta, vainement, de détruire le socle berbéro-arabe et musulman de l'Algérie pour lui substituer un socle « franco-indigène » composé, d'un côté, de Français à part entière, et de l'autre, « d'Arabes et de Kabyles » entièrement à part. Mais on le vit aussi au lendemain de l'Indépendance lorsque le pouvoir réduisit ce socle à la seule dimension « arabo-musulmane », en faisant l'amnésie sur son socle originel : la berbérité, pourtant transformé depuis des siècles en un nouveau sédiment berbéro-arabe et musulman. De même, en « sélectionnant » arbitrairement les constituants sédimentaires de l'histoire de l'Algérie, le pouvoir parvint à dévoyer la logique de sédimentation-transformation et à en bloquer l'évolution. Ainsi, en réduisant l'Algérie à son socle arabo-musulman, le pouvoir issu de la Guerre de Libération nationale neutralisa les éléments démocratiques essentiels charriés par le mouvement national. Alors même que ce pouvoir se légitimait constamment par référence à la déclaration du 1 er Novembre 1954, il niait en permanence son véritable contenu démocratique, synthétisé de façon remarquable dans la formulation du principal objectif de la lutte armée « l'indépendance nationale par la restauration de l’État algérien souverain démocratique et social dans le cadre des principes islamiques ; le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de race ni de confession ».

Pour ces raisons, depuis l'Indépendance la logique de résistance au pouvoir en place a continué de se dérouler sur fond de rivalités intestines. Celles-ci expliquent, pour partie, la résurgence de pratiques violentes d'accès au pouvoir politique ou de sa préservation: assassinats, conflits armés, terrorisme, révoltes, émeutes, répression et torture. Dans le même sens, en termes économiques, la perturbation du processus de sédimentation-transformation a bloqué, à plusieurs reprises, la transformation du système économique national en un véritable système productif.

À la fin du XVe siècle, on a vu comment ces logiques contradictoires, qui privilégiaient l'économie rentière, avaient abouti à la marginalisation de tout le Maghreb, au moment où l'Europe prenait son envol. Ce fut le premier rendez-vous manqué du Maghreb, et de l'Algérie, avec le développement. On a vu, également, comment la poursuite de cette économie rentière, sous sa forme d' « économie de butin maritime », continua d'affaiblir le Maghreb lors de la domination ottomane. Il en fut de même avec l'économie de prédation coloniale.

Depuis l'avènement de l'Indépendance, on a vu comment ce blocage, qui confine l'économie du pays dans ce même système d'économie rentière, sous sa forme pétrolière et gazière, a aiguisé à nouveau les appétits internes et externes au détriment des secteurs productifs publics et privés nationaux. Ce fut le second rendez-vous manqué de l'Algérie avec le développement2. Aujourd'hui encore, la résistance du pouvoir au changement démocratique aggrave ce processus de marginalisation de l'Algérie et de son peuple, au moment où, dans un contexte de mondialisation, bien d'autres pays de l'ex-tiers monde « émergent » grâce à des systèmes économiques démocratiques, productifs et performants.

À ce titre, l'histoire de l'Algérie constitue, comme cela était annoncé dans l'introduction à cet essai, un inestimable héritage. Elle n'est pas simplement une revue plus ou moins détaillée du passé et du présent du pays. En analysant, le plus objectivement possible le passé et le présent, elle montre surtout aux Algériennes et aux Algériens les causes et les origines des problèmes et des blocages, sources de leurs inquiétudes et de leurs angoisses présentes et futures. Mieux, elle seule met au jour les voies et moyens d'en sortir.
Dans cette perspective, il apparaît évident qu'un nouveau sédiment manque terriblement à l'Algérie d'aujourd'hui : le sédiment démocratique. Et que les Algériens ont payé un très lourd tribut à ce manque. D'abord pendant la période coloniale française, puis au cours de ce demi-siècle d'Indépendance. Cette absence explique, entre autres, le déroulé historique chaotique et violent du pays depuis 1962.

L'analyse historique montre que ce sédiment démocratique, qui manque tant à l'Algérie, n'est pas un sédiment démocratique qu'on pourrait « acheter à l'extérieur » comme on le fait pour le blé ou d'autres produits. Ou qu'on pourrait imposer par la force, de l'extérieur, comme on tente de le faire en Irak. Ou qu'on voudrait réduire à la simple levée de l'état de siège par le pouvoir, ou à des « marches symboliques empêchées » jusque-là, organisées par quelques leaders d'associations politiques marginales, opportunistes ou manipulées, tentant d'entraîner derrière eux une partie des associations de la société civile3 et la population. Sans grand résultat pour l'heure.

Non, il s'agit d'un sédiment démocratique que seuls les Algériennes et les Algériens qui aiment leur pays et la liberté devront construire pacifiquement et rigoureusement, en s'appuyant sur toutes les données et mutations politiques et économiques tirées de l'histoire de l'Algérie et du reste du monde. L'appel du 17 février 2011 d'Abdelhamid Mehri, le message aux Algériennes et aux Algériens de Hocine Aït Ahmed en date du 22 mars 2011, les interventions de plusieurs officiers en retraite, mais aussi de nombreux citoyens en Algérie et dans le monde (via internet), vont dans ce sens. Ils prônent un large rassemblement pacifique de toutes les bonnes volontés algériennes pour un tel processus de changement démocratique. De toute évidence, à l'aune de l'histoire, un tel combat rétablit la dynamique de libération du pays engagée par le 1 er Novembre 1954. En effet, comme le rappelle Aït Ahmed, dans son message : « Le combat pour l'indépendance nationale et le combat pour la démocratie sont indissociables. Ceux qui ont cru que l'une pouvait faire l'économie de l'autre ont fait la preuve de leur échec. »

Seule cette perspective permettra au sédiment démocratique de s'imbriquer en parfaite osmose avec le sédiment berbéro-arabe et musulman hérité de la longue histoire de l'Algérie pour ne constituer qu'un seul socle sédimentaire : berbéro-arabe, musulman et démocratique. Ce serait là la véritable rupture systémique menant à une nouvelle sédimentation-transformation, dont il est cependant vain et illusoire, aujourd'hui, de décréter, en théorie, le début de la construction ou la configuration précise.

Tout juste peut-on indiquer, avec Mouloud Hamrouche, les grandes lignes de son déclenchement : « Un changement initié en dehors du régime ne peut aboutir, mais un processus de démocratisation ne peut s'élaborer en vase clos en dehors de la société et sans son contrôle. Le processus de changement doit venir simultanément de l'intérieur du régime et de la société. Il serait hasardeux de croire qu'un système démocratique est immunisé. Aucune loi et aucune force armée ne peuvent garantir à elle seule la pérennité d'une démocratie. Cette dernière ne s'installe dans la durée et ne se protège que s'il y a une justice indépendante, un pouvoir législatif représentatif, un citoyen imprégné de son rôle et défendant ses droits, ses libertés et celles des autres, ainsi qu'une presse libre4. »

Alors les Algériennes et les Algériens pourront se rassembler et valoriser au mieux ce précieux héritage historique. Alors la logique de sédimentation-transformation continuera de façonner l'Algérie mais de manière non violente, non chaotique. Alors la logique de résistance-rivalité pourra s'inscrire dans le cadre d'un État de droit, et d'une régulation démocratique en mouvement, capable de résister à toute agression interne ou externe contre l'unité de la nation dans sa diversité, par une gestion pacifique des conflits d'intérêts inhérents à toute société. Alors l'Algérie pourra s'engager dans un véritable processus d'expansion des libertés et recoller au peloton des pays émergents. Alors les Algériennes et les Algériens auront un futur plein d'espoir.

Au bout du compte, en se réappropriant leur propre histoire, les Algériennes et les Algériens pourront enfin choisir librement leur futur et le rendre possible. Celui de femmes et d'hommes libres dans un pays libre. Le pays des Imazighen.

Avril 2011

NOTES :
1. Dans le présent essai, l'accent a surtout été mis sur ces sédiments actifs essentiels. Ce qui a laissé peu de place aux sédiments passifs, moins structurants, hérités des périodes romaine, vandale, ottomane ou même française. Ces sédiments passifs, dont certains pourraient redevenir actifs, mériteraient, à eux seuls une réflexion à part entière.
2. Un développement qu'Amartya Sen, Prix Nobel d'Économie 1998, définit comme « un processus d'expansion des libertés ». Pour plus de détails, voir Amartya Sen, Un nouveau modèle économique, Paris, Odile Jacob,1999.
3. Dès la seconde marche de la CNCD (Commission Nationale pour le Changement Démocratique) du 19 février 2011, celle-ci s'est scindée en deux entités conflictuelles: d'un côté, les associations de la société civile, de l'autre les partis minoritaires RCD, PLD, MDS (ex PAGS).
4. Mouloud Hamrouche, forum des débats d'El Watan, Alger, 13 décembre 2007. 
              

Smaïl Goumeziane

« C'est surtout à la veille d'une révolution qu'on la croit impossible. »

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